Abstract
La Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) engage une transformation profonde de l’architecture monétaire de l’UEMOA à travers deux instruments majeurs : le PISPI (plateforme de paiement instantané interopérable) et l’eCFA (monnaie numérique de banque centrale). Loin de constituer de simples innovations techniques, ces dispositifs reconfigurent les rapports entre émetteurs, intermédiaires et usagers, en concentrant les fonctions d’émission, de circulation et de gestion des données. Mobilisant une approche institutionnaliste critique et une comparaison internationale (Chine, Nigeria, Bahamas), l’article teste trois hypothèses : (H1) recentralisation algorithmique du pouvoir monétaire, (H2) désintermédiation bancaire structurelle et (H3) inclusion conditionnée par la gouvernance institutionnelle. Les résultats indiquent que, sans cadre pluraliste et sans régulation des métadonnées, l’eCFA risque d’accentuer les asymétries financières et de fragiliser les banques commerciales, déjà vulnérables. L’analyse conclut que la viabilité du modèle dépendra d’un encadrement juridique robuste, d’une redéfinition du rôle des banques autour de services à valeur ajoutée, et de la mise en place d’une souveraineté monétaire distribuée, transparente et technologiquement maîtrisée.
Keywords: Monnaie numérique · Désintermédiation · Gouvernance algorithmique · BCEAO · Souveraineté monétaire
- Etienne Fakaba Sissoko
- Khalid Dembélé



