Dans les États en situation de fragilité, les lois de finances continuent d’être principalement évaluées à l’aune des agrégats macro-budgétaires, alors même que les contraintes décisives relèvent du design institutionnel, de la gouvernance de la trésorerie et de la légitimité étatique. Cet article propose une analyse institutionnelle comparative des lois de finances sahéliennes afin d’évaluer la portabilité analytique du cadre de la Loi de finances de résilience (LFR). À partir d’un codage qualitatif de lois de finances initiales et de leurs annexes budgétaires, l’étude met en évidence trois invariants récurrents : la dissociation structurelle entre autorisation budgétaire et gouvernance de la trésorerie, l’érosion systémique des fonctions étatiques vitales et la priorité institutionnelle accordée aux dépenses de souveraineté politique. Ces invariants fondent une typologie institutionnelle distinguant des budgets de survie institutionnelle, de stabilisation apparente et de transformation structurellement bloquée. L’article montre ainsi que la fragilité budgétaire résulte largement de la conception institutionnelle des lois de finances elles-mêmes, au-delà des chocs exogènes et des performances macroéconomiques observées.

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