Dans les États en situation de fragilité, la loi de finances demeure largement conçue comme un instrument de discipline macro-budgétaire centré sur la conformité aux agrégats, alors que les contraintes déterminantes relèvent de la trésorerie, de la légitimité sociale et de la vulnérabilité institutionnelle. Ce décalage soulève un paradoxe analytique : comment des lois de finances formellement disciplinées peuvent-elles produire des trajectoires budgétaires institutionnellement fragiles ?
À partir d’un audit institutionnel du projet de loi de finances 2026 du Mali, mobilisé comme cas-laboratoire analytique, cet article met en évidence des défaillances structurelles récurrentes : domination de la contrainte de trésorerie, rigidités élevées des dépenses, fragmentation de l’investissement public, absence de hiérarchisation explicite des fonctions vitales et occultation des risques systémiques. Il propose le cadre analytique de la Loi de finances de résilience (LFR), conçue comme un dispositif institutionnel de gouvernance sous contrainte, articulé autour de trois piliers interdépendants : soutenabilité budgétaire et de trésorerie, soutenabilité socio-politique et soutenabilité productive et structurelle.



